Les Mots et la Plume...
Bienvenue à toi qui passe sur ces pages... Ici, rien, de grandiose, juste quelques mots, récits, histoires, ou traces de vie de personnages imaginaires... En somme, toutes les élucubrations qui apparaissent sous ma plume, dictées par l'envie. Qu'importe si tu arrives ici par le hasard ou non, je te souhaite d'y faire un bon voyage...

Je regardai ma montre à nouveau : 13h57.
Un soupir m’échappa malgré moi. Je finis pourtant par ranger mes affaires et me levai, non sans regret.
Même le confort pour le moins incertain des chaises en bois de la salle de permanence me paraissait préférable aux deux heures de torture sportive qui m’attendaient.
Résignée, je descendis les escaliers et poussai la porte d’entrée. A peine sortie, les rayons du soleil printanier vinrent me réchauffer, comme une promesse de réconfort en vue des heures peu réjouissantes qui m’attendaient.
Oui, s’il y a bien une chose que je déteste, mis à part les maths, c’est bien le sport. Ou, du moins, le sport qu’on pratique habituellement au lycée.
Quelle différence, me diriez-vous ?
Tout simplement le fait que là, ça ne dépend pas de ma volonté.
C’est même le contraire, vous l’aurez compris…
Malgré la sonnerie qui retentit, je décidai de prendre mon temps pour aller au gymnase, de l’autre côté du campus. Je suivis l’allée jusqu’au chemin de graviers que je traversai également pour arriver en face des plates-bandes de pelouse – que je pris soin de contourner, histoire de… Profiter un peu plus du soleil.
Malheureusement, tous mes efforts mis en œuvre pour ralentir mon trajet furent bien vains, et je réalisai rapidement que je faisais partie des premiers arrivés.
C’est un fait, je n’arrive jamais à être consciencieusement en retard. Pour ce qui est de rater la sonnerie du réveil le matin, je suis quasiment inégalable. Mais lorsqu’il s’agit de le faire exprès…
Je m’engouffrai donc dans le gymnase, passant par un vieux vestiaire désaffecté pour arriver dans la deuxième salle, où étaient déjà installés les instruments de ma toute prochaine torture – à savoir, les terrains de volley-ball.
Je vous assure, c’est une véritable arme de destruction massive pour la jeune pianiste (un peu) maladroite que je suis.
Le vestiaire des filles se trouvait tout au bout de la salle. Je continuai à marcher de mon pas lent (bien déterminée à marquer mon manque d’entrain jusqu’au bout), lorsque soudain, quelque chose me frappa.
Le silence.
Je m’aperçus rapidement que j’étais totalement seule.
La surprise fut le premier sentiment que je sentis monter en moi. Surprise de me retrouver seule dans un lieu d’ordinaire si animé. Surprise de prendre conscience de la grandeur des lieux, que l’absence de toute présence humaine faisait ressortir.
Mais très vite, la surprise fit place à une sorte… d’excitation, d’exaltation. Les battements de mon cœur s’accélérèrent en même temps que ma respiration, et je commençais à sentir des fourmillements dans tout mon corps. Le silence et la solitude, si rares dans un endroit autant fréquenté, me donnaient l’impression de vivre un moment privilégié. J’avais la sensation d’être cachée, à l’abri du regard des autres, libre de faire ce que je voulais et tout ce qu’on n’ose jamais autrement. Un sentiment de liberté que je n’avais rarement ressenti aussi fortement commença à jaillir en moi. Je me sentis pleine de force, de puissance, presque invincible, sous l’emprise d’une ivresse grandissante…
Mais ces sensations s’évanouirent brutalement, terrassées par l’arrivée brutale de… la peur. Je me sentis devenir toute petite, minuscule, réduite à l’état de poussière, une poussière parmi tant d’autres perdues dans l’immensité environnante. La solitude et le vide commencèrent à m’écraser, à me submerger. J’entendis au loin des éclats de rire, et ce sentiment d’oppression redoubla de vigueur, comme s’ils se moquaient, comme s’ils cherchaient à se jouer de moi, à me persuader que toute mon existence se résumait en ce lieu : silence, vide, solitude. Un tout inexistant.
Je commençais à me laisser aller à une sorte de panique, quand une porte claqua soudainement, avec force. Je sursautai, et sentis quelqu’un marcher quelque part dans la salle. Aussitôt les sensations si fortes et si confuses éprouvées quelques secondes plus tôt disparurent, pulvérisées par cette seule présence humaine qui, même si elle ne m’avait certainement pas remarqué, avait suffit à détruire le fragile équilibre.
Le souffle encore court, je repris mes esprits et réalisai alors que j’étais arrivée devant le vestiaire. Je passai la porte et allai m’installer dans un coin, un peu sonnée par ce soudain bouillonnement de sensations intérieures qui m’avait submergée…
© Sÿnn
Il fait froid… Si froid… Cela ne fait que quelques heures que je suis réveillée, et je n’ai pas bougé depuis… La peur m’envahit à mesure que j’observe la ville qui s’étend à mes pieds… Mais qu’est-ce qui peut m’effrayer ainsi ? Est-ce ce silence de mort qui semble planer sur la cité comme une ombre malsaine ?
D’un pas chancelant, je me suis levée et j’ai descendu les nombreuses marches de la tour où je m’étais endormie… Une odeur pestilentielle commence à atteindre mes narines qui se plissent dans une grimace de dégoût… Et la raison de cette puanteur se trouve bien vite justifiée… A peine ais-je posé mes pieds sur la terre ferme que j’aperçois des cadavres… Des dizaines et des dizaines de cadavres étendus par terre, et qui m’observent de leur regard laiteux…
Effrayée, horrifiée, mon sang ne fait qu’un tour… Je me mets à courir dans les rues, désespérée, à la recherche d’une âme encore vivante… Mais j’ai beau chercher, je ne trouve rien, ni personne, pas même l’ombre d’un animal, ni d’un charognard… La peur qui m’envahissait se transforme peu à peu en véritable sentiment d’horreur… Que s’est-il passé ici, pourquoi tant de morts ? Une guerre ? Un massacre ? Je n’ai plus aucun souvenir, je ne sais même plus qui je suis… Pourquoi suis-je ici, pourquoi suis-je la seule survivante ?
Je cours, je cours, encore et encore…J’atteins finalement un endroit un peu en retrait de la ville, où je ne suis plus qu’entourée de ruines et d’eau… Je ralentis mon allure, et reprends mon souffle. Mon pied heurte alors quelque chose d’à la fois dur et doux. Je baisse les yeux et aperçois plusieurs poupées qui jonchent le sol… Une sensation bizarre m’envahit, une impression étrange de déjà vu… Les poupées semblent m’attirer, comme si elles m’hypnotisaient… Je m’accroupis alors pour en attraper une… Et soudain, je replonge dans l’inconscience…
Une vision… Une fillette d’environ six ans, aux longues boucles brunes, et richement vêtue… Elle tient entre ses petits bras frêles une poupée… Son visage semble triste, et ses yeux sont remplis de larmes… Mais cette expression disparaît rapidement, remplacée par une joie immense, tandis qu’un joli sourire se dessine sur ses lèvres fines… Elle se met à courir alors, vers une femme à l’allure gracieuse, qui semble l’attendre bras ouverts… Est-ce sa mère ?... Oui, la fillette lui ressemble… Celle-ci saute dans les bras de sa mère… Et la vision s’estompe…
J’ouvre difficilement les yeux, le visage balayé par un vent froid qui me transperce jusqu’aux os… Je ne sens même pas les larmes qui coulent sur mes joues… Pourquoi ce rêve ? Que signifiait-il ? Cette petite fille… Elle m’était si… familière… Etait-ce… moi ?
Soudainement des images fusent dans ma tête à toute vitesse… Je revois ma vie qui défile devant mes yeux… Les tensions qui s’étaient développées avec la cité voisine… Puis la déclaration de la guerre… Le siège de notre cité, puis le massacre de tous ses habitants… L’assassinat de ses propres souverains, mes parents…
Un cri déchira le silence pesant de la ville… Le mien… Un cri de désespoir… Pourquoi ? Pourquoi ?... Comment en étions-nous arrivés là ? Il ne me reste rien… Plus rien…
A travers les larmes qui inondent mes yeux, j’aperçois alors un poignard non loin de moi… D’un geste un peu hésitant, je le prends entre mes mains et l’observe un moment… Il est déjà maculé de sang… Je suis dans une sorte d’état second, une sensation étrange, à mesure que je dirige la lame vers ma poitrine, avant de finalement frapper mon cœur…Je m’effondre au même instant… La main sur ma blessure, je sens le sang chaud qui coule abondamment sur ma peau… La vie m’abandonne à mesure que ma vue se trouble… La mort m’envahit… C’est la fin…
Papa, maman… Je vais vous rejoindre…
© Sÿnn

